Interview de Matthieu Etourneau, Directeur général du Centre français des affaires de Téhéran, parue dans Le Moniteur Export / Août 2016

Comment jaugez-vous le marché iranien du BTP, huit mois après la fin de l’embargo ?

C’est un secteur assez développé, avec des acteurs locaux compétents, comme le groupe Kayson. Les travaux publics sont plus prometteurs que le bâtiment, car le pays accuse des surplus immobiliers, dans le résidentiel comme dans le commercial. Depuis trois ou quatre ans, nous assistons à un boom des centres commerciaux. Il s’en ouvre un nouveau chaque mois dans les grandes villes du pays mais les projets sont plutôt mal ficelés. Il y a par ailleurs un certain nombre de chantiers qui sont arrêtés par manque de liquidités.

Les grands projets d’infrastructures sont-ils crédibles ?

Le gouvernement a publié une longue liste de projets mais il est probable que seuls 20% d’entre eux sortiront vraiment de terre dans les dix ans qui viennent. Les seules vraies informations dont nous disposons sont celles obtenues directement auprès des ministres. Leur priorité aujourd’hui, ce sont clairement les infrastructures de transport, dont les aéroports, projets sur lesquels les principaux acteurs français du BTP sont bien positionnés. 

Dans quels domaines les acteurs français ont-ils des chances ?

La construction hôtelière est prometteuse, car le gouvernement iranien veut donner un coup d’accélérateur au développement du tourisme. Il va aussi se passer beaucoup de choses dans la remise à niveau des installations industrielles, au premier rang desquelles le secteur du pétrole, nerf de la guerre de l’économie iranienne. Ce sont sur les grands projets à haute technicité que les entreprises françaises ont une place à prendre mais elles devront très certainement apporter des financements. 

Quelles sont les pièges à éviter ?

Les transactions bancaires sont encore un sujet sensible et tant que les élections américaines de novembre ne seront pas passées, le financement des projets restera très compliqué. En outre, les Gardiens de la Révolution, avec lesquels il est interdit de commercer, sont très présents dans l’économie et il convient de choisir habilement ses partenaires locaux. Enfin, les Français doivent faire attention aux gens qu’ils embauchent sur les chantiers car le BTP iranien emploie énormément de main d’œuvre non déclarée, notamment d’origine afghane.